Aime ton équipe : attente envers les managers du XXIe siècle

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Bonjour à toi, ami lecteur

Moi, manager, j’aimerais réagir sur ces quelques lignes à une publication d’article : ces patrons qui aiment leurs equipes, et au buzzword du moment « entreprise libérée » – voir le talentueux J.-F. Zobrist :

J’aimerais notamment témoigner de quelques pratiques managériales que j’ai mises en place depuis quelques années. Si tu es manager (et Français…), les lignes de cet article te paraitront sans doute dures, et doivent être considérées comme un point de vue personnel, uniquement.

Avant, j’étais manager, je dirigeais mon équipe comme on me l’avait appris : je lui donnais ce dont elle avait besoin et elle m’apportait des résultats. Puis un jour, un des membres m’a aimé (professionnellement parlant) : il s’est davantage intéressé à ce que je faisais, et s’est investi. J’ai essayé d’apprécier mon équipe en retour, par devoir de reconnaissance, mais aussi par pure curiosité. Les résultats, du point de vue de l’implication et des avancées, ont augmenté immédiatement de 15 à 20%, mais cela a surtout simplifié tout le quotidien. Mon équipe est devenue mon alliée : impliquée, motivée, créatrice de solutions… mais travaillait pour moi (et non pour l’entreprise). D’ailleurs, quand j’ai quitté celle-ci, elle a demandé à me suivre. Je leur ai répondu que c’était prématuré (je partais pour monter une startup) ; je suis toujours en contact avec eux, ils m’invitent à leurs soirées (chose hallucinante pour un manager). La réserve des Français veut que ceux qui produisent ne se rendent pas compte de leur importance, même en leur disant. Peut-être ne leur a-t-on pas assez dit ?
Ce sont eux qui sont déterminants, pas vous. Avec un beau projet, vous pouvez monter votre boite, mais avec une bonne équipe, vous pouvez aller partout !
Aimer son équipe, c’est être attentif à elle, toujours se demander de quoi elle a besoin, lui simplifier la vie. Elle vous le rendra au centuple !

Je vais essayer de lister dans cet article ce qu’attendent vos employés du manager du XXIe siècle.

Principes généraux

Vous, manager, n’êtes pas l’incontournable, vous êtes un centre de coûts très indirectement productif et n’êtes pas vraiment indispensable. En revanche, vous êtes un levier important dans l’efficacité et le bien-être de votre équipe, encore faut-il que vous fassiez bien votre boulot. L’équipe fait aussi partie du produit que vous vendez. Sans vous, l’équipe peut fonctionner, sans elle l’entreprise n’est plus viable. Ce sont vos employés qui ont le métier, ce sont eux qui savent comment produire, pour qui, et pour quoi. Enlevez-leur cela et vous n’avez plus rien. Ce sont eux qui satisfont (ou pas) vos clients. Votre équipe, c’est votre talent, mais c’est également votre client, et un client qui ne vous aime pas s’en va.
Ce que demandent les personnes de votre équipe aujourd’hui n’est au fond pas extraordinaire. En revanche, ils ne viennent plus en entreprise uniquement pour le salaire, mais aussi pour être heureux. Ils veulent donc être bien payés, bien traités et bien formés.

Bien payés

Les travailleurs ne désirent pas rouler sur l’or, mais être payés au prix courant. Cela comprend aussi être augmenté selon les évolutions du marché. Sur ce point, ne misez plus sur l’ignorance de vos collaborateurs : elle est obsolète. On ne compte plus les boites qui font faillite, car les talents sont partis, étant sous-augmentés et donc sous-payés en comparaison des nouveaux recrutés. L’injustice, quelle qu’elle soit, est intolérable, et elle vous sera fatale (la question est simplement de savoir « quand ? »).

Le travail n’est pas une valeur morale, la générosité, si ! Si vous voulez du profit, il faut redistribuer les fruits de la croissance aussi à ceux qui la créent et qui s’investissent. S’ils sont généreux avec vous (heures sup’ non payées, travail bien fait, flexibilité, etc.), il faut également être prodigue avec eux. Celui qui crée l’essor, ce n’est pas vous, mais c’est à vous de l’organiser. Mais ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas indispensable : le développement s’organisera très bien sans vous, voire mieux.

Si vous ne pouvez pas payer votre équipe autant que vous le devriez, essayez au moins d’être juste. Si vous venez en voiture de sport en leur disant qu’encore cette année une augmentation est impossible alors même qu’il y a de la croissance, l’enthousiasme de votre entreprise partira à coup sûr dans une très mauvaise direction. Si vous avez un employé « favori », c’est pareil. Comme dit plus haut, l’injustice est intolérable et vous sera fatale un jour : les anciens s’en iront… chez votre concurrent. Ils vous laisseront en cadeau de départ quelques commentaires bien sentis sur Viadeo et vous ne pourrez plus recruter. Vous voulez essayer ? Ce qui est sûr, c’est que vous l’aurez bien mérité !
L’injustice est vraiment intolérable pour ceux qui respectent les règles, et vous sera inexorablement fatale un jour.

Bien traités

Chacun de nous a droit de manière naturelle à du respect, du sens, de la reconnaissance, une protection physique et psychologique dans son travail. Cela fait partie du minimal et ce n’est pas négociable. Nous somme tous humains, ajoutons-y aussi de la bienveillance. Ca fait beaucoup, mais vous avez cependant de la chance : si vous ne répondez pas aujourd’hui à ces besoins, personne ne fera grève de façon officielle, et peu passeront en justice. Par contre, les gens se démotivent, partent chez vos concurrents en donnant leur avis sur Viadeo… c’est encore pire ! Il n’y a pas de secret : vous aurez la reconnaissance que vous méritez. Si vous n’en distribuez pas, personne ne voudra plus travailler pour vous. Intéressez-vous à eux, expliquez-leur pour quoi et pour qui ils travaillent, donnez-leur du temps, faites des points réguliers, réglez les problèmes, donnez de la gratitude et de la bienveillance. C’est votre équipe, votre source de richesse, votre poule aux œufs d’or : ménagez-la, protégez-la et rendez-la heureuse.

Bien formés

Aujourd’hui, plus personne ne veut rester dans une entreprise archaïque. La montée de votre rentabilité passera d’une façon ou d’une autre par des systèmes, des processus et de la technologie. Et c’est votre équipe qui va naturellement vous apporter ces leviers de croissance : ils sont sur le terrain, ils voient ce que font les concurrents, s’intéressent à leur travail et leur outil de travail. Encore faut-il que vous fassiez l’effort de les écouter, et même que vous les encouragiez dans cette direction.
Un exemple : l’exploitation agricole est devenue bien plus rentable avec les tracteurs, les éoliennes, le dessalement d’eau de mer, les capteurs terrestres, les prévisions météo et les goutte-à-goutte. C’est quand même plus sympa qu’arroser à vue et récolter à la main.
Tout développement implique une formation et inversement.

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Focus sur la génération Y

Vous aurez dans votre entreprise des personnes de la génération Y ou Z. Ils sont redoutables : avec eux rien n’est acquis, surtout au début. Ni votre statut ni votre ancienneté ne vous protègeront. Ce sont vos compétences concrètes, votre respect et votre modestie qui feront la différence avec eux.

Entre les stages à répétition et leurs parents très engagés, virés comme de vieilles chaussettes à la suite d’un plan social, ils ne croient plus du tout aux promesses des firmes. Ils ne vous donneront donc rien sans contrepartie immédiate, et ne seront jamais investis dans l’entreprise (ils ont compris la leçon et c’est votre société qui paie les pots cassés). Ils ne croiront jamais vos promesses : ils ne croiront que ce que vous faites effectivement, pas ce que vous leur dites. Ils ne s’impliqueront pas si vous ne vous investissez pas concrètement auprès d’eux. Si vous ne mouillez pas la chemise pour eux, ils ne le feront pas pour vous, et encore moins pour l’entreprise.
Avec eux, les décisions et les récompenses doivent tomber réellement et très vite (dans le mois), et non hypothétiquement dans 5 ans. De toute façon, dans 5 ans cela fera longtemps qu’ils auront changé de vie, d’employeur, voire de métier : ils n’hésitent plus à zapper si ils ne se sentent pas bien ou s’ennuient. Et ça, c’est dommage pour vous.
Dans le monde Y, tout se sait très vite : ils sont hyper connectés. Quelques malheureux commentaires d’ex-employés déçus sur Viadeo et vous pouvez immédiatement dire adieu aux meilleurs talents du marché au profit de vos concurrents, pour au moins une demi-douzaine d’années. Les marchés sont devenus impitoyables, le monde de l’entreprise est devenu opaque : ils le savent et utilisent donc leurs propres outils pour s’informer.
Aimez-les, formez-les, donnez des directives et faites des suivis de temps en temps. Écoutez-les, protégez-les, encouragez-les à techniciser votre business, motivez-les et récompensez-les. Pour le reste, gardez en tête que ce sont des adultes et que ce sont eux qui nourrissent vos clients : foutez-leur donc la paix !

Focus sur la Process communication

Vous ne pouvez pas manager tout le monde de la même façon. Chacun de vos employés à une personnalité différente avec ses attentes propres. Ils vous donneront leur confiance grâce à des stimuli distincts pour chacun d’eux. Le modèle « Process comm’ » permet de classer, repérer et manager ces 6 groupes de personnalités aux comportements différents. Je ne vais pas expliquer la Process communication de façon très détaillée, vous pourrez trouver plus d’informations ici

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Les 6 groupes :
— Rebelle : personnalité la plus bruyante, réactive, indisciplinée, parfois taquine, mais pas la plus dangereuse. Personne de contact et de réseaux, il aime quand ça marche bien. Le revers de la médaille, c’est qu’il se battra pour que ça fonctionne bien. Sinon : (très) spontané, ludique, énergique et (très) solidaire. Le mot hiérarchie n’est pas dans son dictionnaire, et ne le sera jamais. Il vous fera confiance si vous acceptez et encouragez sa personnalité hors normes, et si vous gérez les contacts humains avec les personnes qui ne l’acceptent pas. Pour le reste, adoptez un management « laisser-faire » avec lui.

— Promoteur : charmeur, bien habillé (parfois bling-bling), adaptable, des ressources incroyables ! Adore les challenges, les défis, aime se sentir vivant, l’excitation d’être sur la brèche et dans le présent. Apprécie et recherche le changement. Personnalité indépendante, et secrètement solitaire.
Il vous fera confiance si vous lui donnez des défis, il n’a même pas peur des erreurs. Besoin d’un manager directif.

— Empathique : chaleureux, sensible, (très) discret, (très) modeste. Ni revendicatif ni ambitieux, c’est en revanche un lien d’équipe très puissant, basé sur les émotions.
Il se fiera à vous si vous le reconnaissez comme un membre de l’équipe, c’est primordial pour lui. Adoptez une relation saine, avec de la chaleur, de la protection et de la bienveillance. Le management doit être respectueux et humain avec ce type de personnalité.

— Rêveur : calme, (très) imaginatif, discret, manuel, concret. Besoin d’une grande autonomie et d’un manager clair et directif.
Il vous fera confiance si vous êtes absolument sincère avec lui, et si vous lui laissez de l’autonomie. Il aime être consulté, mais ne se focalisera pas sur cette revendication. Etant assez solitaire et éloigné des autres, il a besoin qu’on lui montre qu’il a toute la place dans l’équipe, qu’il est voulu.

— Travaillomane : organisé, logique, procédurier, factuel, mais peu chaleureux, voire peu humain. Il aime planifier : la structure temporelle est très importante pour lui. Il a besoin d’un manager directif et (très important) factuel.
Il s’en remettra à vous si vous reconnaissez son travail et ses compétences. Basez vos échanges sur des faits et structurez son temps correctement.

— Persévérant : procédurier, consciencieux, (trop) perfectionniste… voire décourageant. Il a des opinions très fortes et est sensible aux causes (humaines). Pour lui, le contrat social est un échange de travail bien fait contre le respect absolu de l’humain.
Il ne vous fera confiance qu’en le reconnaissant comme une personne de confiance (c’est primordial chez lui).
Encouragez ses idées, son implication et ses compétences. Avec lui, c’est tout ou rien : vous aurez soit un allié très fidèle, soit un employé qui vous considèrera comme non crédible.

Conclusion

En comprenant ce qu’attend l’équipe de vous, vous serez en mesure de développer le potentiel personnel et collectif de chacun. Mais ne vous arrêtez pas à cela : une équipe est composée d’humains, capables de s’investir, mais aussi de souffrir. En les considérant comme humains et adultes, en les aimant comme tels et en vous intéressant vraiment à eux et à leurs besoins, humainement, vous en ferez des alliés ne comptant pas leurs efforts pour vous satisfaire. À vous de leur expliquer que c’est davantage pour le client qu’ils travaillent, plutôt que pour vous.

Camille Khalaghi

One thought on “Aime ton équipe : attente envers les managers du XXIe siècle

  1. Rioux dit :

    Bonjour,
    Excellent article. Dommage qu’on ne puisse pas le partager sur LinkedIn par exemple…

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