IT : l’enfer est pavé de bonnes intentions

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Vous connaissez le CDI projet ?
Personne ne vous a dit que c’était un contrat anti-location ?

Tout part d’une bonne idée : le CDI chantier (ou contrat de chantier).
Comme son nom l’indique, le CDI chantier, autrement dit le contrat de chantier est un contrat de travail à durée indéterminée. Sa durée se calque sur celle du chantier au minimum et de ce fait, ne peut être précisément définie. Le contrat s’achève quand le chantier s’achève et si le patron le décide. En effet, l’employeur peut aussi décider de garder son travailleur plus longtemps, comme il a aussi la possibilité de le remercier immédiatement le chantier achevé.

Dans le principe et sur le terrain, ce type de contrat fonctionne bien, à tel point qu’Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, a choisi de le porter sur plusieurs autres marchés en tension, et notamment le mien, celui de l’informatique. Au premier abord, l’idée semble bonne. Le marché de l’informatique est ainsi fait qu’on y trouve beaucoup de travail, beaucoup d’employeurs et peu de candidats disponibles !
Dans l’idée, ce type de contrat est bien accueilli par les employeurs en informatiques qui peuvent recruter avec moins de craintes et l’on ne trouve quasi aucune réticence du côté des employés non plus, puisque ceux-ci sont déjà rompus aux projet et employeurs multiples.

MAIS OÙ L’ON EN OUBLIE DE MESURER LES INSIDIEUSES CONSÉQUENCES

Car ce type de contrat a ses effets pervers qui ne sont pas de notre fait, mais qui nous touchent pourtant de plein fouet. L’effet papillon ? Pas du tout ! Les faits tout court. Les banques considèrent ce CDI comme un CDD, et là, tout est déjà perdu… Parce que, à moins d’être doté d’une persévérance à toute épreuve, vous aurez peu de chance d’obtenir un prêt bancaire, et ce, quel que soit votre salaire ! Adieu maison, meubles, voitures et autres achats conséquents… Quant à vouloir louer par le biais d’une agence ? N’y pensez même pas. Les agences de location, celles-là même qui n’ont légalement pas le droit de différencier les contrats de travail pour l’accès au logement (sisi, c’est vrai !), se calent volontairement et frileusement sur les assurances « anti loyer impayé », assurances qui refusent catégoriquement tout type de contrat de travail qu’elles considèrent comme CDD ou équivalent. Et le CDI projet de rejoindre la longue file des estampillés « précaires » !
Après de nombreuses questions auprès des ministères, banques, groupements d’agences de locations, même les associations de consommateurs, ce contrat ne sera jamais considéré pour ce qu’il est pourtant, littéralement parlant : un contrat à durée indéterminée. La SG l’a même déjà intégré dans ses algorithmes : ce type de contrat sera traité comme un CDD.

ET ALORS, MAINTENANT… ON FAIT QUOI ?

C’était donc cela le projet ? Pour dynamiser le marché de l’informatique, virons les informaticiens des grandes villes ! Ni plus ni moins ! Privons-les aussi de toute possibilité d’accès aux crédits, c’est tellement facile.

Dans un monde parfait, les banques et les agences de location joueraient le jeu. Mais dans le nôtre, il paraît impossible de proposer ce type de contrat aux informaticiens. À bien considérer les « effets de bord » du CDI-projet, l’employé qui a toute sa tête sera plus enclin à accepter un vrai CDI ; et la concurrence entre employeurs étant rude, ces derniers n’hésiteront pas à proposer un vrai CDI pour récupérer les talents les plus convoités. CQFD.

En stratégie de relance économique, on a vu mieux !

Pour aller plus loin (littéralement !) :

En France, les banques et les agences de locations se basent sur le salaire et le type de contrat pour accepter la location ou le prêt.

Et ailleurs ?

Aux États-Unis, les banques et agences de location se contrefichent royalement du type de contrat de travail ou de « combien et comment tu gagnes » : elles veulent simplement être payées ! Pour déterminer le « credit-score » d’un individu, information accessible facilement, elles se fondent sur ces éléments essentiels :
1. Cette personne utilise-t-elle le système de crédit ?
2. A-t-elle a toujours bien géré ses crédits précédents ou en cours, sans trop d’incidents de paiement ?
3. autres critères subtils autant qu’anecdotiques (As-tu une voiture rouge ?)

Conclusion : A moins d’opter volontairement pour le statut d’employé-SDF, vous pourrez rigoler devant une annonce CDI-projet, et passer à la suivante.

Article en co-écriture Karinne Radburn Michel et khalaghi camille

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